Vendredi 6 novembre 2009

j'ai achevé hier le livre de Arsène Tchakarian les francs tireurs de l'affiche rouge.

c'est évidemment un document historique. loin de moi l'idée de remettre en question le travail minutieux  ni même la participation héroïque de l'auteur aux évènements qu'il relate, mais je reste sur mon impression de gène diffuse et mal définie. comme si je sentais quelques arrangements avec l'histoire, quelques arrangements avec sa participation... que sais-je?


je vais tacher de lire très vite le livre de Holban testament,(il écrit lui aussi sur les FTP MOI de la région parisienne, mais en s'opposant vigoureusement à la version de Tchakarian, mais lui n'est plus en vie...) pour comprendre la encore sans me laisser "berner" par le coté "dernier témoin qui détient la vérité" 

je sais d'une part que l'on arrange toujours ses souvenirs pour paraitre meilleurs que l'on est, c'est tout bêtement humain, mais aussi , que la mémoire est faillible, voire sélective, on a tous tendance à éliminer, faire le tri , entre ce qui nous arrange, ce que l'on a compris ou pas dans les évènements. et c'est bien pourquoi il faut recouper les informations ne pas prendre pour argent comptant ce qui est écrit même par un ex FTP qui jure que c'est la vérité.


ce qui m'avait gêné d'ailleurs lors de notre entretien, c'est justement cet argument  là qu'il revendiquait haut et fort, d'être le dernier témoin encore vivant (donc sans plus de contradicteur dans les pattes) et que c'était LA vérité.

il n'y a pas UNE vérité, car de chaque point de vue, nous ne percevons pas les même choses. 


selon Tchakarian, les FTP n'ont commencé leurs actions qu'en mars 43, ce qui est faux. les FTP ont commencé à être actif bien avant, déjà en 42, il y eu des déraillements, des attentats anti allemands...des parutions de journaux clandestins en informe la population dès janvier 42.

si Tchakarian écrit cela , n'est -ce pas parce  que ni lui ni Manouchian n'étaient de ceux là avant mars 43? personne ne le leur reproche d'ailleurs! alors pourquoi nier ces actions antérieures???? est ce un sentiment de culpabilités???


il ne parle pas non plus d'après novembre 43. comme si tout c'était arrêté après les arrestations des compagnons de Manouchian???

la résistance a forcément continué! et je sais que ma grand mère fut FTP MOI jusqu'à la libération de DIJON en 44! 


une chose qui me gène aussi. quand il parle des traitres, car bien sûre il y en eut! et bien ils sont de toutes les autres nationalités des FTP MOI sauf Arméniens! c'est surprenant! je n'ai rien contre les arméniens, mais je suppose tout de même que comme tous les peuples de la terres ils ont leurs brebis galeuses! pourquoi évite t il de les citer?


quand aux femmes elles ont la portion congrue dans le récit de Tchakarian. je sais que ma grand mère appris à fabriquer des explosifs, qu'elle usa d'une arme contre un allemand, qu'elle participa à des déraillements...elle n'était pas seulement agent de liaison. je ne veux néanmoins pas nier l'importance et la dangerosité de ce rôle, mais souligner qu'elles n'étaient pas cantonnée à des rôles subalternes, et anonymes. cf l'excellent livre de ANIA FRANCOS il était des femmes dans la Résistance . et les nombreux témoignages de femmes plus ou moins connues ou reconnues, telles Lucie Aubrac, Lise London...


ma conscience est en éveil, je sais que j'ai encore tant à apprendre, je ne souhaite pas donner des leçons de Résistance à quiconque, je me contente de donner mon avis, cela ne plaira pas à tout le monde, mais vous pourrez me laisser des commentaires...n'est ce pas?







Par nadianne - Publié dans : écriture - Communauté : Sur l'étagère de mon mur
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Jeudi 29 octobre 2009

j'ai enfin remis la main sur le livre de Tchakarian! "les francs-tireurs de l'affiche rouge"! il était chez ma cousine C. ce livre était à ma mère, car il a été dédicacé pour elle. je me souviens de l'avoir feuilleté à cette époque et de me dire qu'un jour je le lirai ...il contient au centre des pages photographiques, dont l'une d'elle est celle de ma grand mère et de ma mère enfant, une très belle photo selon moi.


et puis, il a disparu de la bibliothèque. sans doute emprunté par un oncle, une tante...les livres ont l'habitude de circuler dans notre famille! 

 

la lecture est un héritage familial.

 

ma grand mère (toujours la même) était une insatiable lectrice, elle était capable de préférer acheter un beau livre plutôt qu'à manger...son appartement  en était plein!

 il fut même un temps où son couloir de hlm donc déjà pas très large d'origine, était occupé jusqu'au plafond, de rayonnages plus ou moins bien fixés...(ça c'est écroulé plusieurs fois) de livres de toutes tailles et de tous sujets.

Il y en avait jusque dans les toilettes minuscules, elles aussi ,où chaque nouveau visiteurs avait un recul de surprise, qui nous faisait beaucoup rire , quand il ouvrait la porte et voyait le pauvre espace qu'il  restait pour assouvir ses besoins naturels....

imaginez, comme dans certain dessin animés, où les murs semblent pencher vers vous, prêts à s'effondrer au moindre souffle, et bien vous êtes dans les toilettes de ma grand mère! ils étaient envahis de bouquins jusqu'au plafond! et si vous vouliez pour vous distraire du temps passé dans cet endroit, tirer sur l'un d'entre eux....c'était à vos risque et péril...car tout se tenait dans un équilibre précaire...il arriva à des imprudent de vouloir feuilleter  quelques documents et de soudain pousser des cris de terreurs car les piles déséquilibrées s'effondraient soudain sur l'opportun...

l'occasion de se tordre de rire, jusqu'à ce que l'on en soit, soi même, la victime suivante...! car dans une famille telle que celle ci, on ne peut raisonnablement pas résister à la tentation de poser ses yeux sur tous ces mots si adroitement posés à porté de main!


 ses livres circulaient de mains en mains, de yeux en yeux, entre ses enfants, petits enfants, amis, voisins...

parfois elle recherchait l'un d'eux et accusait l'un de ses enfant de ne pas lui avoir rendu, alors qu'il avait déjà été rendu, re-prêté et réemprunté plusieurs fois...on ne tenait bien évidemment pas de registre!

 

ma mère était pareil. nos livres ne prenaient pas la poussière longtemps dans la bibliothèque, souvent ouverts, feuilletés annotés et prêtés...si bien que cela ne m'étonne pas que le livre de Tchakarian de ma mère ce fut retrouvé entre les mains de ma cousine...

 

quel itinéraire a t il pris???par quelles mains est il passé? 


dans ma famille, souvent, nous n'achetions qu'un exemplaire en pensant à plusieurs personnes qui pourraient lire le même livre. je sais que pour l'auteur et ses royalties cela ne faisait pas ses affaires, mais il faut quand même savoir que dans le milieu ouvrier d'où je viens, la culture n'était pas toujours à portée de bourse, donc la solidarité prenait toute sa valeur dans le partage des richesses que nous possédions: les livres.

 

ma mère disait "prend un livre pour t'évader" ou "en lisant on ne s'ennuie jamais", je suppose qu'elle tenait ça de sa mère,et moi, en bonne héritière  j'ai transmis le même message à mes enfants, qui sont eux même de bons  lecteurs !

 

chez nous, dans ma famille, une maison sans un coin bibliothèque semblait inhabitée, voire inhospitalière. je me souvient de ma mère rentrant d'une visite à des gens qu'elle croyait cultivés, et avec qui elle éprouvait un sentiment d'infériorité , dire avec un tel mépris! "ils n'ont même pas de livres!"  sa perception des autres , surtout de ceux qui "pètent plus haut que leur derrière" dégringolait dans son estime si jamais ils ne lisaient pas. c'était comme un crime de lèse majesté! comment des gens qui se la jouent intello et méprisent la classe ouvrière soit disant inculte, qui ont les moyens d'acheter tous les livres qu'il veulent et qui n'en profitent pas!? elle était bien capable de ne plus les considérer comme fréquentable! 

 

de même, ma mère  adorait l'émission "apostrophe" de Bernard Pivot, alors qu'elle ne regardait jamais la télé par ailleurs, il y avait bien que lui pour la scotcher jusque tard dans la nuit devant le petit écran, avec un crayon et un bout de papier pour noter les titres et les noms d'auteurs.

 

tout ça pour vous dire que les livres sont ma drogue à moi aussi. il fut un temps ou manquant d'argent j'étais inscrite à 3 bibliothèques en même temps pour pouvoir survivre à mon addiction préférée.... mes enfants aussi d'ailleurs: mon fils ainé, à l'age de 9 ans fit un sondage dans sa classe pour savoir si ses camarades allaient à la bibliothèque du village d'à coté (bien pauvrement pourvue mais avec l'avantage d'être toute proche)...dans une classe de 28 enfants il était le seul ! et encore nous étions aussi inscrit à la médiathèque de la ville un peu plus loin !

 

nos bibliothèques familiales, entre oncles, tantes et cousins, se ressemblent néanmoins...souvent on y retrouve les même auteurs, les même terrains de prédilection...des romans bien sûr, des livres d'Histoire évidemment, des documents selon les hobby de chacun, mais particulièrement aussi des livres d'art, de musées ou d'expositions, du théâtre (en plus des livres il y a aussi une fibre artistique familiale...)tout à une place dans nos bibliothèques. 

surtout l'Histoire.

je ne suis pas la seule à être passionnée d'Histoire dans ma famille... les chats ne font pas des chiens! n'est ce pas?

alors pas étonnant que pour rechercher ce fameux livre je sois passée par un mail collectif à tous les membres de ma famille! il était forcément chez l'un de nous! pas manqué!

me reste à le lire, à l'annoter , le souligner... (je l'ai photocopié, n'en déplaise à l'éditeur et à l'auteur, car il n'est plus édité depuis longtemps) et après ça, il continuera son chemin itinérant de main en main et de yeux en yeux....la vie courante des livres de notre famille, somme toute!




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Jeudi 22 octobre 2009

L’enfance :

 

Kazimir est sur le pas de la porte, un sac de toile en travers de sa veste rapiécée, un chapska sur la tête.

 

Il se retourne, hésite un instant, jette un dernier regard sur son fils Stanislas d’un an seulement, qui lui sourit. Quand les reverrais-je ? pense-t-il tristement.

 

Halina sa femme cache une larme, elle l’essuie furtivement dans son fichu coloré qu’elle porte sur la tête. Ils ont déjà longuement discuté de ce départ. Elle se sent si seule déjà, mais quelles autres solutions y a-t-il ? La terre, même infertile, ne leur appartient pas, la Pologne plus non plus d’ailleurs. les prussiens, autrichiens et russes se l’a sont partagée. Que reste t il pour eux autres ?

Son ventre déjà arrondie la robe de laine grise, derrière un tablier aux couleurs d’autrefois, les deux si usés qu’ils laissent deviner l’épaisseur du tissu d’en dessous. Il lui sourit, et dit d’une voix qui se veut rassurante « quand je rentrerai nous aurons de quoi nous acheter notre terre à nous, nous y cultiverons des pommes de terre, nous élèverons des poules, des lapins…sa voix s’éteint, gênée d’oser y croire. Il reprend moins sûre de lui, mais d’un ton plus fort, « je t'enverrai de l’argent, tu peux compter sur moi, ne t’inquiètes pas, je rentrerai bientôt, ou bien je vous ferai venir auprès de moi »

 

Les années ont passées, presque huit ans. L’argent promis a beaucoup tardé à arriver, puis n’est plus arrivé du tout en tout cas dans la poche d’Halina. Aujourd’hui elle n’est plus l’ombre que d’elle-même. Les suées de la nuit la laisse sans force au matin, et cette toux qui l’épuise toujours un peu plus, la fièvre ne l’a quitte plus. La faim n’est pas seule responsable de sa faiblesse, beaucoup déjà dans le village sont mort du même mal. Elle sent sa dernière heure arriver, et n’ose penser à l’avenir de ses deux petits qui resteront seuls. Que vont-ils devenir ? Qui leur donnera à manger, qui prendra soin d’eux ?

Il y a bien la sœur de son mari Kazimir : Cecylia, mais celle-ci ne l’a jamais aimée, sans qu’elle ne sache vraiment pourquoi, peut être était-elle jalouse de sa beauté ? Il est vrai que contrairement à Cecylia, petite et boulote, aux petits yeux rapprochés, Halina était grande, élancée, son beau visage ovale planté de magnifiques yeux bleus illuminés quand un sourire éclairait son visage. Elle était douce et tendre. Et chantait d’une voix fort mélodieuse les petites chansons traditionnelles du répertoire polonais dans toutes les occasions, ainsi que les cantiques à l’église. Sa belle sœur prendra-t-elle soins de ses neveux ? Car au fond son petit frère Kazimir, lui elle l’adorait ! Elle a la chance, elle, d’avoir épousé un homme qui possède des terres, même s’il est mort à la guerre il lui reste la ferme qu’elle sait mener d’une main de fer.

Alors dans la fièvre qui l’a terrasse lentement, Halina se plait à croire que cette femme prendra ses enfants comme les siens, les éduquera et en fera des hommes respectables, honnêtes et droit. Stanislas son si courageux ainé deviendra peut être un bon artisan menuisier ébéniste, lui si habile de ses mains, et si réfléchi, elle sait qu’elle peut compter sur lui pour prendre soin de son frère, tandis que son petit Tadeck si gourmand pourrait devenir pâtissier-cuisinier en entrant au service des riches bourgeois de Varsovie?

 

En rentrant des champs ce soir là, ils l’a trouvèrent un sourire serein sur les lèvres.


La cérémonie funèbre fut vite bâclée, sans argent on a droit à la fosse commune et le minimum de prières. Les temps sont dures, et il faut dire aussi, que ni Halina ni les enfants ne fréquentaient assidument l’église, l’épuisement de leurs forces au travail ne laissait plus de temps à des prières qui de toute façon ne les sortaient pas de la misère qui noircissait toujours plus autour d’eux. L’enfer était déjà là que craindre de pire ?

 

Cecylia recueille à contre cœur les deux enfants, elle prétend ne pas avoir les moyens de les nourrir, qu’il faudra travailler pour y avoir droit. Heureusement pour eux, à 9 et 8 ans Stanislas et son frère Tadeusz ont la chance d’être bien bâtit, solide sur leurs jambes, durs à la tâche. Ils courbent l’échine et ne pleurent pas, les larmes des petits malheurs de l’enfance sont déjà loin maintenant. Leur seule force c’est d’être ensemble. Stasciek prend en charge son cadet Tadeck, (ces diminutif de Stanislas et Tadeuzs qui ont la saveur d’enfance, resteront entre eux jusqu’à la fin de leurs vie) il l’encourage, le console, l’aide à comprendre le monde, il voudrait tellement le protéger des brutalités des hommes, de la faim du froid…

 

 

La tante Cecylia s’est montrée sous un jour qui n’a rien de tendre ni de protecteur. Du matin au soir les deux enfants triment comme des esclaves pour une maigre soupe en guise de repas. Lassé de ce régime, en 1922, Stasciek c’est renseigné, il a trouvé le moyen de suivre les traces du père dans l’exil. Au moyen d’un bureau de recrutement directement rattaché aux houillères françaises. Ils vont donc suivre le même cheminement que le père : en réponse à la misère on va chercher son bonheur ailleurs. Mais Stasciek ne veut pas lui ressembler, ce lâche qui les a abandonné, laissé livré à eux même, personne ne sait d’ailleurs où il se trouve, mort ou vif. Pas question de partir pour l’Amérique, de toute façon les frontières sont fermées désormais. Il se l’imagine menant la belle vie à Détroit, là d’où venaient les derniers mandats deux ans avant la mort de leur mère. Stanislas est le plus virulent , il juge et condamne ce père absent qu'il doit remplacer alors même qu'il n'a que 14 ans! Sa conscience de jeune homme s’éveille aux grands axes du monde, un monde à deux vitesses, les riches qui possèdent toujours plus, et le peuple qui se meurt à la tâche. Il a soif de vivre autre chose, d’apprendre toujours plus. L’école où il a eu la chance d’aller, même si c’est peu, lui a ouvert l’accès à la lecture, au calcul et à l’écriture. Il a continué seul, acharné à comprendre, posant des questions à tous ceux qui pouvaient lui apporter un savoir supplémentaire. Et il ne garde pas son savoir, mais le partage avec Tadeck, le poussant à faire comme lui.

 

Ils arrivent en juillet 1922, au bout d’un long périple en trains, camions et à pied, dans une petite bourgade du Tarn dans le sud ouest de la France. Ils accompagnent plusieurs compatriotes venus eux aussi travailler dans les mines de Charbon de CARMAUX. Ils y retrouvent une communauté polonaise regroupée dans des baraquements organisés par région et nationalités. Il y a aussi des Espagnols, des Hongrois, des Italiens…les habitations de fortunes, sans grand confort, dans une chaleur étouffante, sont néanmoins un havre de paix pour les deux enfants.

Tadeck et Stasciek s’installent cote à cote sur des châlits de bois, au pied duquel ils ont installés leur seule valise de haillons, c’est tout ce qu’ils possèdent.

 

Le lendemain ils vont se présenter au bureau d’embauche. On n’est pas très regardant sur l’âge des candidats, personne ne pose de questions sur ses deux enfants venus seuls, sans autres famille. Mais ici, le groupe fait office de famille solidaire autour d’eux, ont les prends en charges, et c’est bon d’être dans cette chaleureuse fraternité.

 

Et puis il y a le syndicat, constitué par un groupe d’hommes plus instruits. Il prend sa force dans le droit à la reconnaissance, aux respects des conventions, on y revendique et défend les plus faibles face aux plus forts, comme l’application effective des 8 heures de travail journalier. On peut s’y instruire, apprendre la langue française, ses droits, ses devoirs, s’ouvrir à la logique prolétarienne, aux revendications internationalistes, lire  Jaurès à l’honneur à Carmaux, car il y fut député socialiste, assassiné en 14, et ardent défenseur des ouvriers verriers et des mineurs.

Stanislas se sent exister enfin ! Enfin il n’est plus seulement l’outil d’un autre mais aussi acteur de son existence, enfin il peut devenir l’instrument du changement, pour un projet de société plus juste. Il revient des réunions politiques et syndicales toujours plein d’espoirs, enthousiaste prêt à relever les défis. Mais Tadeck, ne semble pas vouloir partager son exaltation. C’est la première fracture entre eux. Il n’a pas l’énergie, l’envie de se frotter aux combats. Ce n’est pas dans son caractère de revendiquer, de parler haut. il est timide, tout comme  Stasciek, qui,  pour le moment, ne fait qu’écouter, applaudir, lever le poing et chanter en français « l’internationale » qu’il vient d’apprendre avec les autres, dans la chaleur virile des espoirs qu’elle soulève. Tandis que Tadeck pause ses yeux bleu sur les robes légères des jeunes filles aux champs où à la mine dans la salle de tri et sourit, quand elles laissent le vent voir leurs mollets…l’une d’elle est plus effrontée que les autres, elle s’appelle Agnès…

 

Tadeck, ne suivra pas Stanislas en septembre 1926 dans les bassins de la Loire, il souhaite rester à Carmaux pour les beaux yeux d’Agnès. La belle néanmoins ne l’épousera pas lui, mais un gentil instituteur tout frais arrivé sur le secteur, une situation bien plus honorable pour les parents de la belle, que celle d’un vulgaire et sale immigré polack, mineur et syndicaliste . Le cœur brisé Tadeck suivra quelques semaines plus tard, d’autres polonais attirés par l’embauche massive d’un puits près de Marseille, il s’installera alors à Meyreuil, dans une cité de mineurs pour le restant de ses jours.

 

 

 

 

 

 

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Mardi 13 octobre 2009

 

 

J’ai rencontré Monsieur T. jeudi dernier, et mes sentiments aujourd'hui sont mitigés. J’ai trouvé l’homme sympathique mais prétentieux, serviable mais macho. Depuis lors, j’ai un peu de difficultés à me faire un avis.

Pourtant ce qu’il m’a appris au travers de son témoignage est certainement précieux, mais j’avoue que je ne sais s’il faut croire tout ce qu’il me dit. Il a l’avantage de n’avoir plus beaucoup de contradicteurs témoins de l’époque encore vivant, du coup le champ est vide, il peut sans peur dire en insistant beaucoup, que ce qu’il dit est la vérité. Ce qui m’a gêné en particulier, c’est combien il insistait sur ce fait là justement. Comme s’il craignait la contradiction. La différence d’âge, lui donnait un avantage certain, le respect que je lui témoignais aussi. Néanmoins je me réserve le droit d’avoir un avis. Et de ne pas approuver sans vérification tout ce qu’il m’a dit.

En premier lieux, une chose m’a choquée c’est qu’il ait sans vergogne, dénigré toute forme de résistance avant son entrée en scène au printemps 43 aux cotés de Manouchian. Selon ses dires avant la Résistance était brouillonne et peu organisée. Que les FTP MOI n’ont commencé à vraiment agir qu’avec eux. Or, je crois savoir que Manouchian n’était pas le premier chef de la résistance, il y en eut d’autres avant. Certes, l’unification de toutes les Résistances en France et leur militarisation, structura les mouvements, mais de là à dire que ce n’était pas important comme quand lui et Missak furent là, ça me semble un peu…excessif et prétentieux. De plus, j’ai plusieurs fois eu le sentiment qu’il se donnait le beau rôle. Comme ceux qui étaient avec lui ne sont plus là…personne ne peut contredire. Je peux néanmoins me tromper ! ce n’est pas parce qu’aujourd’hui j’ai du mal à l’imaginer maniant un pistolet et tirant de sang froid deux allemands que ce n’est pas vrai.

Qui pouvait croire que ma grand-mère avec son sourire charmeur aurait pu tuer, poser des bombes et tromper les allemands ? Ma mamie si fantasque, si drôle, et si aimante ?

Non on ne peut pas se les figurer 60 ans en arrière dans le chao de l’occupation. Mais je fais aussi confiance à mon instinct, ma perception des choses et des gens.

Cette façon toute masculine de se croire supérieur, cela aussi m’a agacé. Dans ce qu’il a dit sur les femmes dans la résistance, qui n’avaient pas de matricules sous prétexte qu’elles ne faisaient pas d’actions, qu’elles n’étaient que agent de liaison et donc interchangeable !

Ma grand-mère qui appris à fabriquer de bombes et des grenades, qui transporta au péril de sa vie des armes, des documents et aida un temps à faire dérailler des trains, obtint le grade de sergent de l’armée de l’ombre. N’est ce pas une preuve suffisante ?

Par ailleurs, il commença l’entretien en me parlant des agents doubles. Je ne lui avais rien demandé à ce sujet, mais j’ai laissé faire. Selon lui, ce serait un agent double (un certain Roger) qui aurait recruté plusieurs veuves de fusillés, dont ma grand-mère . J’ai du mal à y croire. Il est étrange, par ailleurs que l’entretien commence ainsi. D’autant qu’il ne cesse de répéter « il faut me croire, je dis la vérité » comment puis je me permettre de remettre en doute sa parole ? et pourtant, mes sens sont en éveil, et je ne suis pas aussi naïve qu’on peut le croire. Alors j’écoute, n’interrompt pas, mais me réserve le droit de douter en mon fort intérieur.

Il me raconte plus tard une action de résistance : l’explosion d’un bus transportant des soldats allemands, il y a le beau rôle.  Il est en compagnie d’Ernest, et Rayman. Le premier aura la lourde tache de bousculer la sentinelle postée sur le marche pied du bus, et de lancer la grenade dégoupillées à l’intérieur, Arsène est en couverture avec un pistolet, il abattra de sang froid les 2 sentinelles se précipitant à la poursuite d’Ernest, et Rayman fait le guet. Je n’ai aucunement le droit de remettre en doute sa parole, mais Rayman bien qu’extrêmement jeune, était un homme d’action. Je suis étonnée de le voir à cette place de guetteur pour le repli. Mais plus personne à part Arsène n’est là pour témoigner.

Une autre chose encore me fait tiquer : à plusieurs reprises, il ne sait plus son nom de guerre. Quand je sais combien ma grand-mère (Marie puis Catherine) tenait aux siens comme à un titre de gloire j’ai du mal à croire que l’on puisse hésiter sur le sien. Plusieurs fois il se trompera en prenant celui de Missak (Georges). Je mets ça sur le compte de l’âge…mais ça me semble si bizarre.

Toutefois, suis-je autorisée à remettre en causes ainsi ses dires ?

En quel honneur ?

 

J’ai besoin de certitudes, de véracité, et à cette place ci, je me sens prisonnière d’un témoignage qui d’ailleurs n’a pas répondus aux questions que j’étais venu chercher. Car au final il ne fera la connaissance de Madeleine qu’après guerre. J’espérais qu’il saurait me dire comment elle était.

Il n’a pas lu les mémoires d’Hélène, la mère de Tommy Elek. Ça me semble étonnant de sa part, lui qui prétend s’intéresser de près aux fusillés de l’Affiche rouge. Mais je suis sévère ici, moi non plus je ne l’ai pas lu encore.

 

Néanmoins, j’ai 2H30 d’entretiens avec lui, je n’en attendais pas autant, et il fourmille d’indications, de noms, de fait historiques. Je serai bien ingrate si je ne  le remerciais pas  pour cela, du temps qu’il m’a consacré et  de sa gentillesse.

 

 

 

 

 

 

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Vendredi 9 octobre 2009

les éclaircissements 60 ans après

 

j'ai trouvé dans une boite en fer du tonton Tadeck en plus des lettres de ma grand mère d'autres  lettres anciennes en polonais qu'il avait conservées toutes en provenance d'Amérique , j'ai pu en faire déjà traduire quelques unes, et déjà il se révèle des histoires que je ne soupçonnais pas:

 

mon arrière grand père Kasimirz émigra de Pologne en Amérique en 1909, quelques mois avant la naissance de mon grand oncle Tadeck , il n'avait que 21 ans. il perdit la trace de ses enfants après la mort de sa femme, bien qu'ayant une sœur encore en Pologne qui lui transmis une adresse en France, mais ils n'y étaient déjà plu.

 

peut être les a t il cru mort aussi? la guerre de 14 - 18 avait fait des morts partout en Europe, et des dommages collatéraux dans la plupart des pays dont la Pologne. vu d'Amérique cela devait être difficile de chercher 2 enfants dans le chao qui suivit ! en tout cas c'est ce que je me dit

bref Kasimir travaille dur, il est charpentier, puis mécanicien dans les usines automobiles  de Détroit. je suppose qu'il continue à demander à l'ambassade de France et de Pologne si l'on a pas de nouvelles de ses enfants.

en 1929, il retrouve la trace d'un de ses fils,  Tadeck,  je ne sais comment, mais il écrit "c'est le plus beau jour de ma vie" il cherche à les faire venir auprès de lui.  ce que je devine ici, c'est que les deux frères ne vivent plus ensemble, car la lettre dont je parle est adressée à Tadeusz seul, et que Stanislas est à cette époque mineur en Belgique, enfin...il y a un trou d'une année, l'année 29 justement, où je ne sais pas où il est. ont ils chercher à partir ensemble aux USA? pourtant rien ne se produit.

Kasimir reperd t il encore leur trace? avec la crise qui ébranle le monde peut être a t il du faire attendre ses enfants?peut être a t il perdu son travail? rien n'est dit ni écrit, mais je cherche à comprendre.

 

je sais que mon grand père, Stanislas, syndicaliste rouge, bouge beaucoup de places à cause justement de ses engagements,  alors, est il d'accord pour partir  chez les capitalistes??? et je ne connais pas non plus d'autres motivations à rester...peut être de jolies filles? c'était un bel homme après tout, avec un sourire désarmant! (c'est ma grand mère qui le disait) bon il n'a pas la réputation d'un coureur de jupon, au contraire ceux qui l'on connu l'on décrit comme quelqu'un de modeste, voire même timide. mais rien n'empêche de penser à ce genre de motivations.  Toujours est il qu'ils restent en Europe. mon grand père travaille toujours en Belgique, et je suppose que Tadeck à Meyreuil près de Marseille. en 1936 la guerre civil en Espagne va  mener le premier à s'engager dans les brigades internationales. et donc d'y combattre à partir de décembre 36 jusqu'à la "retirada" . en Avril 39 on le retrouve prisonnier à St Cyprien et ensuite à Gurs. (cf l'article ici même "devoir de mémoire")

 

c'est depuis ce camp que Stanislas  passe une annonce à la recherche de son Père dans un journal polonais    Głos Ludowy  "la voix du peuple" paraissant  à Détroit , Michigan au USA . C'est un ami de Kasimirz qui lui répond , ils sont voisin, il va lui transmettre le message, mais donne son adresse à lui prétextant que Kasimir n'étant jamais chez lui ne pourrait recevoir ses courriers. il y a trois points de suspension lourds de non dit à la fin de cette lettre...a t il sombré dans l'alcool? est il trop occupé ailleurs? entretient il de mauvaises relations???? on peut tout imaginer. et le jugement de cet homme qui répond est il justifié???

 

 on perds encore une fois la trace du  père là. pourquoi?  il y a pourtant une adresse à Detroit. et si la lettre est dans les affaires de Tadeck c'est donc bien que Stanislas l'a reçue et emmenée avec lui. car je sais qu'il s'évade de Gurs,  et qu'il va passer chez son frère à Marseille (peut être y laisse t il la lettre?)

Stanislas  rejoint Paris l'année 40  pour  retrouver Madeleine se marier avec elle et avoir un enfant (ma mère) ;il va entrer dans la résistance en mars 41,  et il est fusillé 1 an 1/2 après, le 21 septembre 42 .

Le grand père kasimir  est il au courant?

 ce dernier  se rendra en France au cimetière de Thiais pleurer la mort de son fils après la guerre peut être en 1955, quand à 67 ans, il rencontre pour la première fois son dernier fils Tadeuzs alors âgé de 46 ans. (un article est même paru dans le journal pour relater cette rencontre).

 

il cherche encore à faire venir ce dernier en Amérique mais le tonton refuse, sa vie est ici désormais.

 

tadeck  recevra de l'argent de son père et correspondra avec lui en polonais jusqu'en 75. date de la mort  de KASIMRZ  il me semble.

 

je suis entrain de faire traduire cette correspondance . et je dois dire que ce que l'on m'avait dit de lui ne correspond pas à ce que je lis. on m'avait parlé d'un homme distant venu pleurer sur la tombe de son fils qu'il avait abandonné...(les dires de ma grand mère) mais je lis tout autre chose. et je suis quelque peu rassurer de voir que cet homme essaya de les aider à venir et que le monde et ses aléa en décida autrement pour lui.

 

 

 

 

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