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12 septembre 2012 3 12 /09 /septembre /2012 09:00

il s'agit d'un passage où Stanislas essaye de remplir toutes les formalité administratives pour accueillir sa femme et son bébé dans les meilleurs condition à leur sortie de la maternité. 

 

"

 Il faut courir aussi pour obtenir les cartes d’alimentations, et ses tracasseries administratives. Stasiek parle le français mais avec un fort accent polonais. Pour obtenir la carte d’alimentation de sa fille, on lui a donné, à la maternité, le certificat de naissance ainsi que le livret de mariage dans lequel est inscrite sa fille, Nadjia.

 

Avec cela il s’est rendu à ma Mairie de Puteaux. L’employé derrière le guichet est une femme grisonnante, les cheveux relevés sur les côtés du visage avec deux énormes peignes noirs et or. Elle a des lunettes d’écailles sur son long nez, et regarde les gens par-dessus. 

 

- bonjour Madame, je viens pour carte alimentation, dit-il poliment,  à la maternité on me donne ça…et il dépose le certificat de naissance et le livret de mariage sur le comptoir de bois.

 

L’employée dévisage l’homme avec dédain et se saisi des documents de deux doigts, comme si elle avait peur qu’ils ne soient sales. Elle lit attentivement, puis les redépose sur le comptoir, toussote pour éclaircir sa voix et dit haut perché :

 

- puis-je voir votre carte d’identité ?

 

- je pas de carte, je certificat de travail et permis de séjour correct,…

 

- avez-vous fait votre déclaration de juiverie ? demande-t-elle d’un air dégoutée.

 

- Non, je ne pas Juif, madame, je polonais.

 

- vous habitez Puteaux ?

 

- oui madame, au … 

 

- je dois voir un certificat de domicile  qui me le prouve, l’interrompt-elle.

 

- madame je désolé, je pas certificat comme ça, qui doit donner moi  certificat ?

 

- et bien, fait-elle d’un ton méprisant, si vous êtes locataire c’est votre logeur, ou votre concierge s’il a reçu l’autorisation préfectorale de le délivrer.

 

- Bien je remercie vous, je demande à  concierge, au revoir Madame.

 

Mais la dame ne répond pas elle marmonne dans sa barbe que ces étrangers exagèrent, ils ne savent rien et la dérange pour  tout !

 

 

Il retourne à la maison, il s’adresse à un homme rougeau, qui visiblement s’installe dans l’office.

 

- bonjour, où je cherche Monsieur G. le concierge de ici ?

 

- Ben c’est moi le nouveau concierge, qu’est-ce qu’il veut l’ monsieur ? demande-t-il avec un fort accent chti.

 

- Je dois faire carte alimentation pour ma fille, elle  née avant hier, et bientôt arrive avec sa maman, la Mairie dit, il faut  certificat domicile. J’ai besoin.

 

- Ah ! félicitation ! dit le bonhomme, ben c’est que mi euh j’ peux pas vous faire ça, pour l’heure! j’ai pas  l’autorisation de délivrer ces papiers encore, c’est que maintenant faut se présenter à la préfecture pour tout ! même si on est des bons français, qu’on a fait la guerre, tout ça ! ben faut quand même prouver qu’on n’est pas des planqués ! c’est un monde tout de même ! s’emporte –t-il tout seul.

 

Stan n’approuve pas, ne nie pas non plus, il reste calme, et demande :

 

- Et alors qui peut ? parce que je veux carte pour elles ! et pour carte il faut certificat !

 

- J’comprends votre problème, mi ! hein ! mais je peux pas vous délivrer ce foutu certificat ! Faudrait voir avec M’sieu G. l’ancien concierge. Il a changé d’ crèmerie ! mais y r’passe ad’main, je vais lui en causer, mais faudra repasser d’main alors hein ?

 

- Je comprends un peu. Merci. Je suis demain ici, pour voir Monsieur G. et il donnera le certificat. C’est le matin, où l’après-midi  que je dois venir?

 

- Bah…ça devrait plutôt être l’après-midi…je pense hein…vous habitez là depuis longtemps ? c’est qu’mi  j’ connais pas tous les locataires encore, …

 

 

L’homme est serviable, gentils, mais un peu trop bavard et curieux. Tout en restant correcte et poli, Stanislas lui donne le minimum d’information, restant vague sur son métier, ses origines…

 

 

Après toutes ces tracasseries, il est finalement  embauché au bureau de recrutement pour l’entreprise Allemande qu’on lui avait indiqué à la réunion. Il s’agit d’être charpentier pour construire une voix de chemin de fer sur un chantier qui semble destiné à être un terrain d’aviation. Les recruteurs ont promis le logis et le couvert sur place, car c’est un chantier qui se situe dans la Somme près de Doullens. Malheureusement il doit s’y rendre avant le retour de Madeleine et Nadia à la maison. Il n’a pas le choix. 

 

 

C’est avec une grande tristesse qu’il quitte Paris pour Doullens. Sa mission doit rester secrète. Même Madeleine ne sais rien de ce qui motive Stanislas à quitter Paris, sinon pour un travail. Les consignes sont triples. Il faut retarder l’avancement des travaux, par tous les moyens. Repérer des hommes qui partagent la même idée de liberté, et consigner les renseignements qui pourraient être utiles.

 

 

 

Sur place, la réalité n’a rien à voir avec les conditions de travail et d’hébergements promises à Paris. Le patron, un allemand, qui n’est pas un militaire, certes, est tout de même un cynique personnage, opportuniste. Il profite de sa position d’occupant à moindre coût. En rognant sur  le gîte et le couvert pourtant promis. Du coup, les ouvriers vivent un enfer. Non seulement ils sont logés dans des baraques sans lumière ni chauffage, ni eau,  mais en plus, nourrit si chichement qu’ils ne tiennent que difficilement le rythme de travail qui reste pénible dans le froid. Et pour compliquer le tout, il n’y a aucune poste à des kilomètres à la ronde. C’est pourtant le seul moyen d’envoyer et de recevoir les lettres de Madeleine, surtout d’envoyer les cartes d’alimentations. Pour cela, il faut  faire 5km à pied jusqu’à un café-épicerie. Là le patron consent à jouer les postes restantes pour lui et d’autres ouvriers, et à donner le courrier en partance au facteur qui passe chaque matin. Ce cafetier, Czeslaw qu’on appelle plus simplement César, est un polonais. Un ancien mineur. Il a bien vite sympathisé avec Stanislas, parlant du pays, du travail au fond dans les même puits des houillères du Nord que ceux fréquentés quelques années plus tôt par Stasiek, de l’occupation allemande et  des restrictions, et autres tracasseries… 

 

Madeleine reçoit quelques jours plus tard cette lettre :

 

Moj sharbie  bien aime 

 

 

Je suis beaucoup triste et malheureux, car depuis jeudi je suis ici et je n’ai pas puis t’écrire.

 

Ici ont est pas beaucoup mieux que dans les maisons rue de Gurs.

 

A Paris ils ont nous promis beaucoup de choses, mais quand nous étions arrive ici ce n’est pas le même chose, ont doit payer nos pension 100 francs par semaine, il y a pas beaucoup à manger 250gr. De pain par jour a midi un litre de soupe et le soir aussi. Nous dormons dans les petites baraques qu’ils fait très sales, pas d’éclérager il  dois y avoir des poux et d’autres bette, car il n’y a pas de l’eau pour se lavé depuis que je suis partir de Paris je me suis pas encore lavé, je suis très sale.

 

Nous sommes 36 dans une petite barraque, beaucoup de Belges. Le travail n’est pas dure mais logement très mauvais.

 

Je regrète beaucoup de quite Paris. Nous habittons 13 kilomètre de la ville Dulens, il n’y a pas ni poste pour envoyer les lettres ni rien pour acheter, il y a un seul boulanger a trois kilometre qu’on peux acheter nos pain

 

Donc je vais t’envoyer ma carte d’alimentation peut être dimanche prochain dans une lettre recommande. je vais garde seulement ticket du pain. 

 

Les permissions pour partir à Paris ne sont pas tout les mois comme ils ont dit, mais tout les trois mois. Je ferais tout mon possible de retourne à la maison pour le Noël. Aujourd’hui dimanche, nous avons travaille jusque midi, alors je me dépèche de t’écrire, car je dois courir 5 kilomètre dans un village pour donnée cette lettre dans une café et la le facteur  passe une fois par jour, donc je vais demande si tu peux écrire sur cette adresse, ainsi on peut faire nos correspondances.

 

Je suis très triste sans nouvelles de toi et notre chérie Nadja, je regrete beaucoup de quitte la maison je t’assure, que ça n’arrivera plus jamais. Moj skarbié chérie, je suis beaucoup triste, et j’ai du chagrin, maintenant je t’aime beaucoup plus que avant, chaque nuit je rêve de toi et notre skarb Nadja. Je t’embrasse avec Nadja beaucoup de fois

 

Ton pauvre Stasiek

 

Adresse d’ici je vais te mettre sur l’enveloppe si je trouve""

voilà pour aujourd'hui... 

quelques précisions: tout d'abord, la lettre est authentique, avec ses fautes de français. 

et une traduction: moj skarbie= mon trésor

 

 

 

 

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commentaires

Gérard Soufflet 15/02/2013 22:52


Bonjour Nadianne, depuis longtemps...


Pour vous dire que "Claudine" vient de mourir ; je lui ai mis un hommage sur mon site respol71.com


J'espère que la vie vous est douce...


gérard

nadianne 12/03/2013 17:54



j'en suis bien attristée, je lui avait téléphonée il y a quelques temps, ce fut très intéressant comme conversation. 


pour le moment je m'occupe de ma santé, et j'ai finalement moins de temps à consacrer à mes recherches... mais bon je garde un espace dans ma tête pour retrouver l'énergie de m'y remettre.


 



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