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22 septembre 2011 4 22 /09 /septembre /2011 09:06

 

Au début de mon activité clandestine, je ne disposais que de cette chambre passage Courtois, je travaillais (transport d’armes) uniquement sur la région parisienne. C’est à cette époque que j’ai été mise en rapport avec Rayman et Elek.

 


Le tout premier contact, ce fut par les camarades Ludwik et Bordeaux, qui sont ensuite partis en Pologne. Ce fut aussi Iosif Spira, (un ancien d’Espagne) qui lui aussi est parti en Pologne.

Enfin j’ai eu le contact avec Boczov, qui était mon chef, et Michel.

Ce premier rendez-vous a du se passer suivant la règle en vigueur, celui qui devait te présenter à un autre,  il te donnait rendez-vous dans le métro, telle station, telle direction, telle heure. Tu devais t’assoir, en tête du quai par exemple, tu voyais arriver le camarade avec l’autre, ce dernier venait s’assoir à côté de toi, et le premier partait sans parler ni attendre, toujours, respectant les consignes de prudence.

C’est Boczov qui m’a expliqué comment agir, être prudente, il fallait aussi que je prenne un autre nom, un pseudonyme. Alors j’ai voulu trouver quelque chose qui me rappelle mon mari, et j’ai dit «  Stanistsa ». Boczov a éclaté de rire, « ça veut dire gare, en russe, tu ne peux pas t’appeler comme ça ». Alors j’ai dit Marie, et c’est comme ça que Michel m’a connu sous le nom de Marie. Ce n’est que plus tard que je me suis appelée Catherine…

 

boczov


 


Quelle confiance aviez-vous vis-à-vis de vos responsable?
.

..Nous avions une confiance aveugle en nos responsables, les paroles de Boczov, c'était des paroles d'évangiles.

C’était un bon responsable, c’était l’esprit, qui ne se trompe pas, je l’écoutais bouche bée.fiance aveugle en nos responsables, les paroles de Boczov, c’était des paroles d’évangiles.

 

Connaissiez-vous les vraies identités de vos camarades de combat, que connaissiez-vous d’eux? Boczov, non, je savais qu’il avait été en Espagne, je l’ai su après. Michel oui, je le savais, il aimait l’Espagne, il m’en parlait, moi je lui parlais de Staczek.

Les contacts étaient plus chaleureux qu’avec les autres.

 

 

 

 

BOCZOV

Pourriez-vous raconter comment  vous vous êtes servie du landau pour vos activités?... l’histoire du landau ? Un jour, Michel m’a dit, il faut que tu viennes avec le landau  près des Buttes Chaumont, en face de l’hôpital Rothschild. J’arrive, avec le bébé dedans. Michel avait un paquet (de dynamite), il l’a mis dans le creux, et on est parti vers le dépôt, à pied, Michel marchait devant en protection…

Le samedi et le dimanche, j’allais dans l’Eure et Loir, voir ma petite famille, je prenais le train à la gare d’Austerlitz.

 

Pourriez-vous nous raconter des actions auxquelles vous avez participé ?…  Je me souviens d’une action à Paris, sur un pont de Paris, c’était avec Rayman et Elek. C’est Elek qui a tiré sur un officier allemand, celui-ci a continuer à marcher, c’était effrayant de voir ça. Elek a tiré plusieurs fois, finalement l’allemand c’est écroulé…Rayman assurait la défense, moi j’avais apporté les armes, et j’avais rendez-vous un peu plus loin pour reprendre le matériel. En général il y avait une grenade et un revolver, là il devait y avoir deux révolvers.

Je récupérais les armes, un des hommes marchait toujours devant moi, car il fallait aller à pieds au dépôt, où que se passe l’action, nous devions éviter le métro, à cause des rafles.

Il est arrivé une fois que je sois prise dans un contrôle, dans le métro, je n’avais rien sur moi, j’étais sortie faire des courses, j’avais oublié mes papiers, les flics français m’ont laissé passer quand je leur ai dit que j’habitais à côté.

Mes papiers étaient tout à fait légaux, au nom de DONNAY, la carte d’identité avait été établie quand j’avais 14 ans…

 
marcel RaymanElek thomas

Comment transportiez-vous les armes, où les cachiez-vous ?…  Pour transporter les armes j’avais un short sous ma jupe, avec une poche spéciale. Dès que je pouvais entrer dans un café je les cachais là.

 

Cela devait être angoissant ?... En général, j’avais confiance. La nuit, j’étais angoissé pour ma fille, je me demandais : « qu’est-ce qui va arriver à la petite si je tombe ? »

 

 

 

 

 

Marcel RAYMAN et Thomas ELEK

Vous ne craigniez pas de mourir ?…  Parfois aussi j’avais de la peine que Staczek soit tombé, et j’avais envie d’être tuée pour être près de lui. Je savais que la petite était avec Dasha, avec elle, elle ne manquerait pas de tendresse au moins, mais la nuit je rêvais sans cesse qu’il fallait nous cacher avec le bébé, et ça a duré des années et des années, des années même après la guerre.

Je rêvais tout le temps qu’il fallait fuir, que je ne savais pas où la mettre en sureté. La voilà l’angoisse qui est restée longtemps, très longtemps après. Et je rêvais aussi que les allemands m’arrêtaient, même plus tard, quand nous avons habité ici (à Drancy).

 

Vous n’aviez pas peur ?… ? Quand tu es dans l’action, tu n’as pas peur. La peur, elle vient quand tu fuis le danger, mais quand c’est toi qui attaque, tu as moins peur.

 

 

Donnez-moi un exemple ?…  Maintenant je vais te raconter ce qui est arrivé au petit ménage  (à Issy les Moulineaux),Missak MANOUCHIAN c’est anecdotique et tragique à la fois.

Rayman et Elek étaient chargés d’attaquer un camion allemand. Ce jour-là, c’est Elek qui jeta la grenade sur le camion, Rayman avait le révolver. Tout se passa bien pour nous, l’action avait réussie. Je récupérais le révolver de Rayman que j’avais apporté en même temps que la grenade. Rayman parti devant moi, pour me faire signe en cas de problème, et nous prenions le chemin du dépôt.

Mais sur la route, il y avait un pont à traverser. Et quand nous étions au beau milieu, qu’est-ce qu’on voit se déployer ? Des flics français. Rayman passe à temps. Elek était parti par un autre itinéraire, moi, quand j’arrive, les flics sont déjà déployés. Là, j’ai eu peur. Mais aussi, quelque chose me disait qu’il ne m’arriverait rien. En passant, je leur ai souri ; ils m’ont souri aussi.

Ils ne pouvaient pas imaginer, qu’il petite femme ronde, avec une tête de paysanne, pouvait transporter des armes. Je suis passé sans encombre. J’ai rejoint Rayman, qui m’attendait un peu plus loin. Là, j’ai eu le contre coup.

Rayman m’a fait entrer dans un café, il voulait à tout prix me faire boire de l’alcool, je lui ai dit « je n’en bois jamais, ça me rend malade ! » je suis allée aux toilettes remettre le revolver dans la poche de mon short, parce qu’il était encore dans la poche de ma veste au moment du passage devant le cordon de flics.

 

Quels furent vos premiers contacts avec l’état-major ?  …  Dupont était parmi les premiers que j’ai connus.

 

Comment étaient-ils ?…  Ils me paraissaient tous vieux, Dupont était aussi polonais, il avait peut-être 40 ans, en plus il était grand comme trois pommes à genoux. Il était pas beau, pas beau du tout.

Il était chargé de nous apporter la paye, les tickets d’alimentation, c’est aussi lui qui nous interrogeait au début, sur notre vie, qui nous expliquait ce que nous avions à faire… : ne pas bavarder, ne pas garder le contact entre nous, ne jamais connaitre les vrais noms, ni les adresses de personne. Il nous faisait passer au service des cadres, en somme.

Ce fut un des premiers avec lequel j’ai eu des contacts. Il était d’une sévérité excessive, mais justifiée…Il était intransigeant, j’étais disciplinée, je prenais tout ce qu’il disait à la lettre.

Quand il devait nous donner les sous, son agent de liaison nous indiquait le lieu et l’heure exacte de la rencontre. Nous venions, il nous remettait la somme et les consignes.

Je me souviens très bien, un jour, j’avais rendez-vous avec lui dans le sud de Paris. Lui me reprochait souvent de ne pas me retourner, de ne pas regarder attentivement autour de moi, de ne pas faire trente-six fois le tour des pâtés de maisons. Une fois arrivée sur le lieu du rendez-vous, il m’a fait des reproches véhéments : « ça fait un quart d’heure que je te suis et tu ne t’en es même pas aperçu ! » j’étais dans mes petits souliers, j’étais vachement gênée…

On avait suffisamment d’emmerdes avec les allemands, pas la peine de se faire engueuler en plus !

Dupont a toujours été très prudent, je ne suis pas étonnée qu’il en ait réchappé. On ne pouvait pas le prendre en filature. J’ai oublié son vrai nom, et aussi celui de sa copine qui était son agent de liaison, et qui devait, plus tard, devenir sa femme.

Il était rassurant de parler avec Boczov. Il écoutait ce que tu lui disais, et ensuite, très posément, il t’expliquait ce que tu avais à faire. Tu avais confiance, tu repartais, t’étais tranquille, t’avais juste à faire comme il avait dit, et tu étais sûre que cela serait bien.

C’est pour cela que j’avais confiance, une confiance aveugle. C’était le même sentiment avec Michel. Tout ce qu’il disait était parole d’Evangile. Il ne fallait pas revenir là-dessus. Je pense que les autres agents de liaisons avaient la même confiance dans ce que leur disaient leurs responsables.

 

Vous connaissiez d’autres agents de liaison ?...  Lucienne, j’ai eu longtemps rendez-vous avec elle et Dupont. Dupont, on l’a eu tout le temps, il était éternel, il n’avait pas, sur nous,  le même impact que Boczov et Michel.

 

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