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30 mars 2011 3 30 /03 /mars /2011 15:53

Départ de Kazimierz

 

Il est là, dans l’entrebâillement de la porte de la chambre, retenu entre deux mondes : l’un de souffrances, de faim, de froids, de morts, de guerres, d’épuisements vains.  L’autre porteur d’espoir, de liberté, de fortune, de travail, de voyages, d’aventures… mais l’un d’amour, de sa  famille, du sourire tendre d’Ewa, du babillage de Stanislas, de ses éclats de rires, de ses premiers pas, et de l’autre , d’incertitudes, d’inconnus, d’étrangetés, de langues inconnues, incompréhensibles.

Comment choisir, pourquoi choisir ?

 

Soudain,  Wladyslaw  l’appelle encore une fois, le presse.  Il sort de sa torpeur hésitante. Il faut partir, la charrette  attend, le voyage est encore long avant le bateau en Allemagne, puis l’Amérique.

 

Kazimierz se recoiffe de sa casquette, rajuste sa veste rapiécée de multiples fois, et sort, plus brusquement qu’il ne l’aurait souhaité, laissant claquer la porte derrière lui, comme un coup de tonner marquant la fin d’une vie et le début d’une autre, avec un goût amer dans la bouche. Sera-t-il à la hauteur ?

 

Il se sent si triste de laisser sa douce Ewa, et son petit garçon si vigoureux, pétillant de vie. Ainsi que  ce bébé qu’il ne verra pas naitre. Il aimerait une fille qui ressemble à sa mère, blonde, les yeux bleus en amandes, les pommettes hautes…ou peut être un garçon, fort, robuste, comme son grand frère Stasiek…Le ventre rebondie d’Ewa reste imprimé dans ses pensées. Même dans cette robes aux couleurs défraichies, elle reste belle, grande, altière, courageuse.

Il a confié sa petite famille à sa sœur Cecilia.  Bien que veuve, cette dernière est une maitresse femme dans la ferme de ses beaux parents âgés à Brwinow qu’elle dirige avec autorité et bon sens. Modeste ferme, mais qui les nourrit.  Kazimierz a toujours été le petit frère préféré de Cécilia, elle est comme sa seconde maman, et il peut tout lui demander. Elle a installé Ewa et son fils dans une chambre donnant sur la cours.   Il faudra aider à la ferme, c’est entendu,  mais elle prendra  ses repas avec la famille, et les petits seront gardés par la grand-mère pendant la journée de travail, rien de plus normal au fond. Ewa n’a plus de famille à Blonié où ils vivaient auparavant, alors il pense que sa sœur et ses beaux parents veilleront sur elle et ses enfants.

 

Il est balloté par les secousses du train qu’ils ont pris après une longue journée de charrette ; il repense à sa dernière nuit auprès d’Ewa. Sagement, sans larmes, elle lui a dit, lovée dans ses bras :

- Kajiu, je me doute que l’Amérique est un grand pays, plein de richesses, quand tu seras là bas, je t’en pris, ne nous oublie pas. 

 Il a voulu s’offusquer, protester, elle a posé sa main sur sa bouche et a ajouté :

- tu es jeune Kajiu, tu es beau, et tu es un homme, tu auras besoin sans doute d’avoir une femme auprès de toi, pour s’occuper de toi, je ne t’en veux pas pour ça, je voudrais juste que tu te souviennes de nous, Stasiek, le bébé et moi. Car nous aurons besoin de toi nous aussi. 

 Il n’a rien dit, et caché ses larmes dans les cheveux d’Ewa, s’imprégnant de son odeur de femme. Elle l’a pris dans ses bras, et consolé comme un enfant, caressant ses cheveux blond et fins,  le berçant contre elle, tandis que le bébé, entre eux donnait des petits coups de pieds. Puis ils se sont endormis, une dernière fois, avant d’être réveillé par les coups à la porte de Woïdek, son grand frère. 

 

Wladyslaw, est déjà allé là bas, en Amérique. Il y a déjà 7 ans, il venait à peine de se marier avec Elena. Elle n’est jamais venue le rejoindre. Pourquoi ? C’est un mystère, que son grand frère ne semble pas près de lui révéler. Pourtant Wladek a envoyé de l’argent, mais il semblerait que sa femme en ai fait un autre usage, et qu’elle ne l’ait pas attendu. En tout cas, c’est ce qui se murmure dans la famille. Kazimierz ne connait pas cette femme, il n’a jamais été invité chez son frère et sa belle-sœur.

 Les deux frères  se connaissent peu au fond. Wladek est l’ainé. Comme beaucoup d’autres, la famille à été décimée des années au paravent par les maladies, les guerres et la misère, alors Wladyslaw a pris les devant en fuyant tout ça pour démarrer une nouvelle vie en Amérique. Et visiblement, ça lui a réussit.

Kazimierz était le plus jeune des enfants encore vivant, après lui d’autres sont nés mais n’ont pas survécue au-delà de la première année. Leur mère, qui avait pourtant survécue à bien d’autres coups du sort, s’étaient éteinte dans son sommeil après un dernier accouchement difficile, alors qu’il n’avait que 9 ans. Le père se laissant aller au chagrin dans la vodka, Cécilia sa sœur ainée, déjà mariée à l’époque l’avait recueilli et élevé, comme un fils qu’elle n’avait pas. Devenue veuve trop jeune, elle ne s’était pas remariée pour continuer à prendre en charge ses beaux parents âgés, et faire tourner la ferme. Kazimierz l’aidait beaucoup.

  Quand il s’était marié à son tour elle n’avait pas vu d’un très bon œil le départ de son frère pour Blonié à quelques kilomètres de Brwinow, mais Kazimierz tenait à ce qu’Ewa puisse rester auprès de sa vieille mère malade. Et il avait trouvé une place d’ouvrier agricole dans une ferme à coté. Peu de temps après la belle-mère avait rendue l’âme, mais ils étaient restés sur place, le logement n’était pas inconfortable, et il y avait du travail. Leur premier enfant était né là bas, le petit Stanislaw. Il y a tout juste un an.

Pourtant,  aujourd’hui il est en route pour une autre contrée, un pays immense, dont il ne connait rien, censé lui apporter le bonheur et la fortune…

 

Le bateau : « le Bremen »,  est pris dans une tempête terrible, les passagers de 3em classe, sont ballotés sur le pont inferieur, trempés dans des couvertures humides, grelottants, quelques uns sont morts, une femme tiens son bébé dans des linges, elle ne parvient plus à lâcher cet enfants sans vie. Le prêtre a dit des prières funèbres, tenté de le lui prendre  mais elle à tellement hurlé qu’il c’est résolu à lui laisser son enfants quelques heures de plus.

Kaziu est malade. Il n’a plus rien avalé depuis 3 jours, Wladek n’en mène pas plus large, mais il n’en laisse rien paraitre. Ils se sont peu parlé depuis le départ de Bremehaven. Seulement quelques bribes utiles. Ils se rendent chez Josef Grzybowski, le mari de la sœur de sa femme, à Brooklyn. Ensuite ils iront chercher du travail. Kazimierz suppose qu’il ne devra compter que sur lui-même, Wladislaw n’ayant pas envisagé de l’inclure dans ses projets. Il découvre ce frère taciturne, peu loquace et renfermé.

 

L’approche de  Ney York réveille l’ensemble du bateau. Tout le monde danse, crie, les enfants courent, les adultes s’embrassent, on voit petit à petit la statue de la liberté monumentale se détacher de la ville que l’on devine derrière, c’est comme un passeport  pour la  liberté, une invitation à un nouveau départ.  Les gens rassemblent leurs affaires, cherchent leurs proches, s’excitent.

 

Pourtant les minutes s’égrènent, de plus en plus lentement. On croirait que le bateau ralenti,  qu’il n’accostera jamais. C’est l’enfer, les enfants pleurent,  les gens crient, s’énervent, se disputent une couverture, un coin de bastingage, le bruit des moteurs semble plus fort, plus agaçant, les cris les pleurs, tout deviens assourdissant, fatiguant, énervant.

 

A l’accostage, la tension remonte encore d’un cran. On fait descendre les premières classes, ces gens distingués, riches et fort beaux qui semblent prendre tout leur temps, puis la deuxième classe, des gens encore bien beaux mais plus pressés. Enfin c’est leur tour. Là, la misère se fait sentir, pas de beaux bagages, ni de belle tenues, mais des ballots de linges, des frusques sans âges rapiécées de toute part, des airs hagards, fatigués, et des odeurs de sueurs et de peurs mêlées.

Tous sont dirigés vers un immense hangar de briques et de vitres. Des bancs déjà encombrés d’immigrés, attendent là. Il va falloir passer l’épreuve de sélection. On est parfois refoulés, même après un si long périple, les cris, les pleures n’y font rien, l’Amérique est intraitable si vous ne l’a méritez pas.

 

Wlady à préparé son frère.

- On reste ensemble, tu dis pareil que moi, on va être mesuré, pesé, on va nous examiner, nous poser des questions pour voir si nous ne sommes pas fou ni des criminels, nous demander d’où l’on vient, où on va, si on est marié, si on a des enfants…

- je ne parle pas l’anglais encore, je réponds comment si je ne comprends pas ce qu’il me dit ? S’inquiète Kazimierz.

-je répondrai,  tu diras comme moi.

- je ne sais même pas où on va ?

 -Notre adresse à New York c’est chez Grzybowski à Brooklyn.  Je donnerai l’adresse. T’en fais pas.

-bon…

-Ne t’étonne pas,  ajoute wlad, si je dis que c’est notre première venue à tous les 2.

-pourquoi ?

-c’est mon affaire…moins tu en sais mieux ça ira, tout comme l’Amérique.

- ils ne vérifient pas ?

-non…je crois pas,  et en plus ya trop de monde, pis qu’est ce qui prouve que c’est moi ? Les employés sont des centaines, ils voient passer des milliers de pauvres étrangers comme nous ! Faudrait vraiment avoir la guigne pour tomber sur le même que la dernière fois ! et qu’en plus il me reconnaisse !

- ah …fait-il sceptique

 - bon ben fait pas cette tête sinon ils vont chercher à savoir pourquoi tu as peur ! dit il rudement, ne t’en fait pas, l’employé parlera en polonais. Aller, souris ! et si tu  dis comme moi, on n’a pas à s’en faire.

 

Les fonctionnaires de l’enregistrement sont plus ou moins patients, ils sont bilingues en effet , mais pas toujours très empathiques avec leurs compatriotes. Ce petit air supérieur que certain prennent est assez insupportable.

 

Les tracasseries d’admission se sont bien déroulées, ils sont désormais enregistré, et peuvent se rendre à Brooklyn.

 

L’accueil est plutôt glacial. Le beau-­frère de wlady est un ouvrier dans une usine de conserve. Il vit  avec femme et enfants dans un logement de briques à plusieurs étages, un peu décrépis. Le quartier autrefois italien, est peu à peu devenu polonais. Il règne une drôle d’odeur d’un mélange sucré, de poisson et de choux, assez difficile à supporter la première fois. Mais on finit par s’y habituer…

Joseph est très croyant, c’est pourquoi il accorde l’hospitalité, mais fait vite comprendre que cela ne pourra pas durer car son logement est trop petit, qu’il ne peut faire vivre deux bouches de plus sans contreparties financières et indique à ses compatriotes l’adresse des bureaux de recrutements à Brooklyn.

 

Les deux frères s’accordent pour travailler quelques jours à la sucrière de quoi payer le billet de train pour  Detroit  Michigan où parait il  y a bien plus de travail.

 

 

Detroit.

 

C’est une ville industrieuse,  enfumée, noire de suies, parfois difficilement respirable, mais où la main d’œuvre est la bienvenue. Kazimierz trouve une place  très vite d’ouvrier à la « Cadillac motor and co ». le travail y est pénible, mais pas trop mal payé.  Les ouvriers sont logés dans le quartier polonais, ici chaque communauté de langues ou de couleurs se regroupe.

La vie est rude aussi ici. Il fait froid, humide. Parfois le vent ramène le brouillard du lac et on se perdrait près de chez soi.

Mais il s’applique à envoyer un mandat chaque fin de mois, ou presque, en Pologne. Il n’y a pas de courrier pour lui, jamais. Ewa ne sait pas écrire. Pourquoi Cecilia ne lui écrit pas, pourquoi ne lui dit-elle pas si le bébé est né ? s’il est un garçon, ou une fille ? si Ewa va bien ? si elle est toujours vivante ? si elle a bien reçut les mandats ?

 

Parfois, ces questions l’envahissent tellement, qu’il les fait taire, à coup de vodka. A Détroit, dans le quartier polonais, il y a une épicerie, tenue par Jan et Maria Karanowski. La vodka vient du pays, elle endort la douleur de l’absence.

 

 

 

 

   Woïdek ou Wladek sont les diminutifs de Wladyslaw

Stasiek est le diminutif de Stanislaw ou Stanislas.

Kajiu est le diminutif de Kazimierz ou kazimir.

Wlady  ou wlad Diminutif  américain de wladyslas

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commentaires

Manuel 03/04/2011 02:02



Bon travail grande soeur ! c'est bien documenté (ou imaginé ?) mais tu vas peut-être un peu vite sur les personnages et le déroulement des faits. Prends ton temps (tu as du en prendre déjà pas
mal...) et fait la chasse aux répétitions, notamment de pronoms (il) pour alléger le style et éviter au lecteur de perdre le fil entre des "il" désignant un personnage ou "il" impersonnel
comme dans : il fait beau.


Pour l'orthographe, je vois que tu as fait de grands progrès... vive le correcteur automatique !


Bien à toi



nadianne 04/04/2011 09:27



merci! je vais tâcher de suivre tes conseils. mais il est vrai que dans ce chapitre je suis obligée d'inventer une grand part des évènements car j'ai très peu d'éléments concrets. et puis, il
faut le reconnaitre, Kazimierz est un des personnages mineurs pour mon histoire! je n'ai pas l'intention de m'y attarder plus que déjà!


 



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