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1 octobre 2011 6 01 /10 /octobre /2011 08:57

j'avais dans ma bibliothèque un livre de Jorge Semprun "l'écriture ou la vie"

c'est un livre tellement bien écrit, tellement poignant aussi! où  il se raconte, jeune homme à Bucchenwald... avec une déchirante réalité, et pourtant une distance, qu'il obtient grâce à sa culture littéraire. il raconte l'indicible et le dit avec grâce et profondeur.

comment vous dire, je me sens portée, emportée dans ce tourbillon là, dans cette horreur de l'histoire. et néanmoins parfaitement lucide, engagée dans ce parcours historique, attentive.

toutefois,  j'ai la vue qui se brouille, parfois.  je suis obligée de faire des pauses, d'ancrer les mots en moi, de fermer les yeux, de respirer fort...il me prend aux tripes , il me déstabilise, il m'anéantis avec lui. je lui en veux de me déstabiliser ainsi, et en même temps je lui en demande plus, je persévère, je reprend, je me sens happée.

et puis il raconte des faits des rencontres qui me troublent...il a croiser les mêmes chemins que Madeleine, au parc Monsourit notamment pour y rencontrer un FTP MOI...un certain Koba... Madeleine y rencontrait "Georges" = Missak Manouchian, ou Michel Patriciu...Madeleine n'en parle pas bien sûr, elle ne le connaissait  sans doute pas, ce Koba, elle ne connaissait bien entendu pas tout le monde, le cloisonnement des groupes de résistant permettait la sécurité. mais c'est troublant, que ce parc fut fréquenté, dans la même période, par Jorge et Georges...

et puis je suis troublée par le mot qu'il emploi si souvent "fraternité"; Madeleine l'employait souvent aussi , et nous souriions, souvent, tant, l'emploi de ce terme nous semblait si désuet, si marqué d'une époque révolue...si entachée d'un militantisme aveugle...en tout cas, je me souviens d'avoir souri quand elle employait ce terme, sans comprendre son sens premier pour elle, pour eux.

et en lisant Semprun, je me rend compte combien nous étions loin du sens qu'ils y donnaient, eux, les résistants. il y avait derrière ce mot, une vrai humanité , un vrai sens fraternel, une vrai solidarité, une vrai union, ils y mettaient un sens que nous ne pouvions pas comprendre, ils étaient avec ce mot  uni dans un combat jusqu'à en mourir, et beaucoup en sont mort! alors me voilà pantoise, je me dis, que j'aimerai demander pardon à ma grand-mère d'avoir souri, d'avoir pris cette distante désinvolture avec ce mot là... de n'avoir pas compris combien il portait de deuil et d'abnégation ce mot là pour vous.

peut être , aussi que le travail que j'entreprends dans l'écriture de ce roman historique, sur mes grand-parent, tient de cette réparation, de ce besoin de dire le vrai sens de ces sacrifices, parfois vain, mais combien honorable!

je me sens en lien avec eux, Madeleine, Stanislas, Missak, Marcel, Thomas, Jorge...sûrement bien loin encore de la réalité, mais en communion, en résonance. j'espère être à la hauteur, un jour.


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